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Corinna et Maurice

Maurice Chappaz et Corinna Bille. Philippe Grand (10.10.1974). Voix au chapitre [Emission TV, extrait]. RTS.

Maurice Chappaz, depuis l’Abbaye du Châble, lit un extrait du Livre de C. (éditions Empreintes, 1986) Marcel Schüpbach (30.03.1998). Littératour de Suisse – Maurice Chappaz [Emission TV]. RTS.

Défense de la nature

L’extraordinaire beauté de ces paysages saccagés suggérait l’idée de meurtre. […] Des pylônes surgissent au milieu des pins telles des arbalètes bleues. […] Cette forêt est le lac d’ombre où je viens boire, où j’attends mon amie ; ma propre méditation la charge de mes pensées, ma passion remue sa splendeur.

M. Chappaz, « Forêt de Finges », dans : Journal intime d’un pays, éditions de la revue Conférence, Paris, 2011, p. 29

C.C. Olsommer, Le Rhône à Finges, années 20, aquarelle, Musée Olsommer, Veyras
C.C. Olsommer, Le Rhône à Finges, années 20, aquarelle, Musée Olsommer, Veyras

Nous appartenons à une étoile disparue dans la nuit, tantôt amante de l’ombre, tantôt mêlée aux vaines fumées, aux blanches tours d’aube attiédies sous le ciel pluvieux. Ô villages, je suis pour vous un juge à tête diminuée.
Qu’est-ce que nous-mêmes ? Quel sort nous lie à une prêtrise désespérée ? Nous portons en nous l’agonie de la nature et notre propre exode.

M. Chappaz, Testament du Haut-Rhône (1953), éditions Fata Morgana, Montpellier, 2003

Jeu de piste

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Préserver l’unité originelle

Maurice Chappaz (1916-2009) passe son enfance entre Martigny et l’Abbaye du Châble, dans la maison familiale de sa mère. Après sa maturité à St-Maurice, il entreprend des études, interrompues dès 1940 par la mobilisation. En 1945 sont édités ses poèmes Verdures de la Nuit. Pour son Testament du Haut-Rhône il obtient le prix Rambert en 1953. À cette époque, Chappaz se cherche. Marié à Corinna (1947), père de famille, il mène une vie nomade et bohème. Bien plus tard, nonagénaire, il écrira : « Un beau soir je suis parti en quête d’un petit fruit vert et mal mûri qui était moi-même. »

L’installation à Veyras est le début d’une époque personnelle et professionnelle féconde, durant laquelle le poète affirme son identité propre. Il publie dans la revue Treize étoiles, scrutant le pays ” comme un laser ”, selon Bojen Olsommer, rédacteur en chef.

Dès 1970, il lutte pour la défense de la nature et du patrimoine, dans des articles au ton parfois virulent, qui culmine dans le recueil pamphlétaire Les Maquereaux des cimes blanches (1976). Au cœur de son œuvre se lit une tension entre le monde d’avant, où l’homme et la nature vivaient en harmonie, et la modernité destructrice. L’écriture poétique tente alors de reconstruire cette unité originelle brisée.

1997 est l’année d’une double consécration : en Suisse, le Grand Prix Schiller lui est décerné, et en France, la Bourse Goncourt de la poésie.

Le saviez-vous ?

Pour traduire le rythme intérieur de Maurice et son besoin irrépressible de parcourir le monde à pied, Corinna dit de lui qu’il a la « folie ambulatoire ». À l’instar de Rousseau, Chappaz nourrit sa pensée en marchant dans la nature, en Valais ou ailleurs.

Dès 1961, il fait la Haute-Route, pour lui un parcours initiatique : « Je descends en moi en marchant. » À partir de 1968, ses pérégrinations l’emmènent, entre autres, au Népal, au Mont Athos, en Russie, en Chine et au Liban. Voyager, avec le dessein de retrouver ailleurs une figuration du paysage immaculé originel.